Un examen de l'industrie du tabac
Document préparé par la Coalition québécoise
pour le contrôle du tabac, octobre 1996
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Duperies:
Selon leur propres documents, l'industrie du tabac a délibérément
caché au public qu'elle savait depuis les années
soixante que la cigarette causait des maladies, que la nicotine
engendrait une dépendance et que les compagnies manipulaient
la teneur en nicotine des cigarettes pour augmenter cette dépendance.
- Le 14 avril 1994, les p.d.g. des sept principales compagnies
de tabac ont affirmé sous serment devant le sous-comité
sur la santé et l'environnement du gouvernement américain
que la nicotine n'engendrait pas de dépendance et qu'ils
n'en avaient jamais manipulé la teneur dans les cigarettes.
(1) Un mois plus tard, le Dr Stanton Glantz, de l'Université
de Californie, recevait d'un informateur 4000 pages de documents
internes provenant de la troisième plus importante compagnie
de tabac aux États-Unis, Brown & Williamson (B&W).
Ces documents démontrent que l'industrie : sait depuis
1963 que le tabac cause le cancer, l'emphysème et des maladies
cardio-vasculaires; sait que la nicotine crée une dépendance,
et considère la cigarette comme un moyen de dispenser celle-ci;
a décidé de cacher les résultats de ces études,
en niant sciemment l'existence de celles-ci. (2)
- En forçant les compagnies à énumérer
les composants des cigarettes, on a découvert que des agents
toxiques comme de l'ammoniac y étaient ajoutés pour
augmenter la libération de nicotine dans les poumons. (3)
- B&W détient un brevet sur le plant
de tabac Y-1, qui résulte de manipulations génétiques
ayant doublé sa teneur en nicotine. (4)
- La manipulation génétique, la sélection
des feuilles les plus riches en nicotine et l'ajout d'autres ingrédients
ont permis à l'industrie de hausser la teneur en nicotine
des cigarettes de 53 % depuis 1968 au Canada. (5)
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Création de "mouvements" artificiels:
D'après leurs propres sondages, les fabricants de tabac
savent que s'ils s'opposent à une mesure antitabagique,
cela ne fait qu'accroître l'appui de la population pour
celle-ci. (6) Pour cette raison l'industrie du tabac crée
ou finance des organismes en apparence distincts d'elle-même
pour agir à sa place. Elle détourne ainsi l'examen
des conséquences de ses produits vers un débat où
l'on s'attaquerait aux fumeurs ou à d'autres intervenants.
(7)
- La Coalition québécoise pour la justice
en taxation du tabac, qui exigeait la réduction
des taxes sur les cigarettes en 1993-94, a été fondée
par les fabricants de tabac ; son porte-parole, Michel Gadbois,
était un ancien relationniste de la compagnie Imasco,
maison-mère de Imperial Tobacco. (8)
- Le Mouvement pour l'abolition des taxes réservés
aux cigarettes (MATRAC) était lui aussi un instrument
de l'industrie du tabac pour provoquer la baisse des taxes sur
les cigarettes. (9) Le MATRAC fonctionnait
à partir des bureaux de l'Association des détaillants
en alimentation, dont les compagnies de tabac sont membres
et à laquelle elles contribuent financièrement.
Le président à l'époque était ce même
Michel Gadbois (voir 1er ). (10)
- Le Ralliement pour la liberté de commandite,
lancé en 1996, prétend regrouper deux cents événements
sportifs et culturels canadiens qui s'opposent à l'interdiction
de la commandite liée au tabac. Mais derrière ce
ralliement se trouve le Conseil canadien des fabricants
de produits du tabac (qui l'organise et le finance) et
la compagnie Edelman Worldwide, firme de relations
publiques d'Imperial Tobacco Inc (qui organise sa campagne).
(11) Ce regroupement est similaire à la Coalition
51 qui, vers la fin des années 80, luttait contre
l'interdiction de la publicité et de la commandite de tabac
au nom de groupes sportifs et artistiques - et qui était
réputée financée par Rothman's Benson
& Hedges. (12)
- La Société pour la liberté des
fumeurs (Smokers' Freedom Society) qui, en 1993,
prétendait représenter six millions de fumeurs canadiens,
était principalement financée par l'industrie. (13)
Elle n'avait ni membres, ni états financiers pouvant être
consultés par le public, et ses porte-parole étaient
des « bénévoles payés ».
(14)
- L'organisme The National Smokers' Alliance,
qui prétend défendre les droits des dizaines de
millions de fumeurs aux États-Unis, est financé
par la compagnie Philip Morris et est dirigé
par sa firme de relations publiques. (15)
- En échangeant des marchandises promotionnelles, Philip
Morris obtient l'adresse personnelle de millions de fumeurs qui
lui servent pour ses campagnes de « mouvements populaires »
: actuellement elle possède une banque de plus de 26 millions
de noms. En février 1994, 4 millions ont participé
à la campagne « Malboro Adventure Team Promotion »,
recevant plus de 14 millions d'items promotionnels : c'était
la plus grande campagne de l'histoire du marketing, au coût
de 250 millions $. (16)
- RJR engage une firme depuis 1993 pour créer
des « mouvements populaires » contre les initiatives
antitabagiques partout en Amérique : en envoyant des centaines
d'invitations promettant des prix de présence, elle réunit
des petits groupes de fumeurs (plutôt intéressés
aux prix de présence) pour leur fournir des lettres-types,
des pétitions et des modèles d'interventions verbales
visant les autorités locales. (17)
- À New York, la compagnie Philip Morris a
fait appel à une entreprise de télémarketing
pour fausser l'impact d'une initiative antitabac auprès
des fumeurs et les inciter à protester en leur fournissant
des directives précises, en les transférant directement
par téléphone aux bureaux des autorités concernées,
pour ensuite écouter la conversation en cours. (18)
- Pour lutter contre les lois obligeant les restaurants à
devenir sans fumée, l'industrie du tabac crée, aux
Etats-Unis, de fausses associations de restaurateurs qui n'ont
ni bureau, ni numéro de téléphone, ni liste
de membres, et ne font rien d'autre que s'opposer à la
loi -- comme les Restaurants for a Sensible and Voluntary
Policy, la United Restaurant, Hotel, Tavern Association
(Albany) et la Manhattan Tavern and Restaurant Association.
(19) Ces organismes présentent de fausses études
invoquant la perte de ventes dans des restaurants de villes ayant
adopté des restrictions sur la fumée. (20)
- L'industrie du tabac appuie aussi des organismes dont les
revendications, sans être spécifiquement pro-tabac,
produiront les mêmes résultats. (21) Depuis 1990,
par exemple, l'industrie lutte contre les taxes sur les cigarettes
en créant ou en finançant des mouvements anti-taxes
et anti-gouvernement, comme la National Coalition Against
Crime and Tobacco Smuggling (É.-U.), (22) les San
Franciscans Against Government Intrusion, (23)
Citizens Against Tax Abuse and Government Waste (Colorado),
les Michigan Citizens for Fair Taxes (Michigan),
les Citizens for a Sound Economy (New Jersey), et
la National Taxpayers Union (É.-U.). (24)
Selon un représentant de RJR, « on
n'a pas besoin de parler de tabac avec ces gens-là ; pour
eux, une taxe est une taxe est une taxe. Ils ne veulent pas en
savoir plus ». (25)
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Catalyseur de crise:
La crise de la contrebande au Québec en 1993 était
une composante d'une campagne de relations publiques conçue
par l'industrie pour lutter contre l'augmentation des taxes sur
le tabac. (26)
- Selon le ministère américain de la Justice,
la compagnie montréalaise Imperial Tobacco était
impliquée dans la contrebande de tabac en 1993-94 : le
23 mai 1996, des accusations criminelles ont été
portées contre dix personnes à ce sujet, dont un
directeur des ventes de Brown & Williamson ;
encore selon le ministère, les négociations se faisaient
avec un employé d'Imperial Tobacco, en toute
connaissance d'un cadre de cette compagnie. (27)
- Le MATRAC (voir pt. 2) a organisé des
ventes illégales de cigarettes pour forcer la main
aux gouvernement à baisser les taxes sur les cigarettes;
ces actions étaient financées en très grande
partie par l'industrie du tabac. (28)
- En 1988, les exportations des compagnies de cigarettes du
Québec vers les États-Unis se chiffraient à
25 millions de dollars. Au faîte de la crise de 1993, alors
que la contrebande de tabac « provenant des États-Unis »
était à son plus fort, les exportations canadiennes
étaient de plus de 500 millions $. (29)
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Fausses concessions:
Lorsque l'industrie se dit d'accord avec certaines restrictions,
c'est sûrement parce que ces dernières joueront en
faveur des fabricants de tabac.
- L'industrie a plusieurs fois lancé des campagnes de
type « C'est la loi » auprès des détaillants canadiens
pour réduire la vente illégale aux mineurs, la plus
récente en octobre 1996. Ces campagnes coïncident
généralement avec la préparation de renforcements
législatifs efficaces, et servent à : 1) empêcher
l'adoption de ces renforcements législatifs, en permettant
à l'industrie d'affirmer qu'elle est assez responsable
pour s'auto-gouverner; 2) continuer la vente aux mineurs, car
ces campagnes sont inefficaces, (30) la participation des détaillants
étant purement volontaire (un taux de participation typique :
4,5 % au Massachusetts) et la seule évaluation indépendante
ayant révélé un taux de délits presque
identique chez les participants et les non-participants (86 %
vs 88 %) ; (31) 3) fournir à l'industrie de la publicité
gratuite puisque ces campagnes envoient comme message aux jeunes
que le privilège d'acheter des cigarettes est réservé
aux adultes, ce qui en fait une chose enviable - et non à
éviter. (32) Selon le Conseil canadien des fabricants
de produits du tabac, « C'est 'cool'
... C'est pour ça qu'ils (les adolescents) fument
- parce que nous (les adultes) leur disons qu'ils ne devraient
pas fumer ». (33) Ces campagnes ne mentionnent
jamais les effets du tabac sur la santé.
- L'industrie prétend appuyer des campagnes contre le
tabagisme chez les jeunes car, dit-elle, fumer est une « habitude
d'adulte ». Mais elle sait très bien que ce type
d'approche, en plus de détourner l'attention de l'industrie,
renforce ses propres campagnes publicitaires qui cherchent à
dépeindre l'acte de fumer comme une « initiation
au monde adulte » et comme un « plaisir illicite ».
(34)
- Les fabricants de tabac canadiens se sont dotés d'un
code volontaire sur la publicité, affirmant qu'une loi
n'est pas nécessaire. Entre autres, le code prétend
chercher à éviter « d'adresser (la publicité)
à des personnes autres que des adultes ». (35)
Mais en plus d'inclure des vedettes du sport, des musiciens populaires
et des slogans exaltant la rébellion dans leur matériel
promotionnel, (36) les fabricants ont plus qu'une fois modifié
leur code à la suite d'infractions relatives à la
publicité avoisinant les écoles -- au lieu de corriger
leur comportement. (37) Santé Canada a qualifié
le code d'« illusoire, impossible à faire respecter
et plein d'échappatoires ». (38)
- L'industrie appuie parfois certaines mesures interdisant la
vente aux mineurs. Cependant, elle s'arrange alors pour que ces
mesures soient difficiles ou impossibles à mettre en vigueur.
Par exemple : 1) seuls les « acheteurs »
peuvent être pénalisés, c'est-à-dire
les enfants, non les « vendeurs », permettant
ainsi aux détaillants de poursuivre leurs ventes illégales;
2) il faut prouver que les commerçants qui ont fait de
telles ventes en toute connaissance de cause (ce qui est extrêmement
difficile à faire); 3) il peut être interdit de recourir
à des mineurs pour faire des vérifications (ce qui
rend le contrôle impossible). (39)
- Lorsque l'industrie a appuyé une interdiction de fumer
dans les ascenseurs au Maryland, elle a toutefois veillé
à ce qu'il soit presque impossible de réprimer les
contrevenants : une amende peut uniquement être donnée
lorsqu'un grand panneau interdit clairement de fumer et que le
contrevenant allume malgré tout sa cigarette en présence
d'un agent en uniforme -- ce qui ne se produira évidemment
presque jamais. (40)
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Procédure d'intimidation:
- L'industrie dispose des services de centaines de firmes
d'avocats, de milliards de dollars et de tout le temps nécessaire
pour combattre ses adversaires en cour. De plus, elle utilise
la plus imposante entreprise de lobbying de toute l'histoire (41)
pour décourager tout adversaire - victimes, journalistes,
médecins, politiciens -- de lui tenir tête.
Aux Etats-Unis, l'industrie a en sa charge environ 200 firmes
d'avocats, (42) et son agence responsable de ses relations publiques
et de son lobbying, le Tobacco Institute, dépense
plus de $ 20 millions par année et emploie 120 experts
en relations publiques. (43)
- En 1994, Philip Morris a poursuivi le réseau
américain ABC en diffamation pour 10 milliards $
après la diffusion d'un reportage sur la manipulation de
la nicotine dans les cigarettes. Peu désireux de se lancer
dans une longue et coûteuse bataille, le réseau a
préféré se plier aux exigences d'un règlement
hors-cour. Depuis, l'industrie a lancé une campagne de
publicité nationale présentant la décision
de ABC comme un admission que la nouvelle concernant la
manipulation de la nicotine était fausse - ce qui n'est
manifestement pas le cas. Par la suite, le réseau CBS
s'est mis à craindre une poursuite semblable même
si on ne l'en avait pas menacé, et a interrompu la préparation
d'un autre reportage sur le tabac - un geste sans précédent.
(44)
- En '93, Philip Morris a poursuivi la Environmental
Protection Agency pour avoir déclaré la fumée
secondaire un cancérogène (45)
- Dans le cadre des présentes poursuites contre l'industrie
pour avoir manipulé la teneur en nicotine des cigarettes,
les avocats de l'état du Minnesota ont exigé des
renseignements spécifiques de la part de l'industrie, et
cette dernière leur a livré de pleins camions de
documents sur une multitude de sujets plus ou moins éloignés.
D'après le juge en charge du procès, si les avocats
de l'état travaillaient douze heures par jour, cinq jours
par semaine, il leur faudrait au moins neuf ans pour trier les
quelque neuf millions de pages en question. (46) De son côté,
dans le cadre du procès contre ABC, Philip
Morris a envoyé aux avocats du réseau un
million de pages sur papier rouge -- une couleur qui empêche
toute photocopie. (47)
- Lorsqu'un ancien chercheur de B&W, Jeffrey
Wigand, est devenu l'un des plus importants témoins contre
l'industrie, la compagnie a engagé deux consultants en
relations publiques pour montrer et remettre aux médias
et politiciens un dossier de 500 pages réunissant toutes
les rumeurs, données trompeuses et exagérations
qui pourraient ternir sa réputation. (48)
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Achat de silence et d'alliés:
La dépendance financière qu'éprouvent
les organismes recevant de l'argent de l'industrie du tabac a
souvent supprimé une approche objective des questions relatives
au tabac de leur part, de peur de voir disparaître cette
source de revenus. (49)
- Bien que le rapport du Surgeon General des États-Unis
ait condamné la cigarette en 1964, la American Medical
Association a refusé d'endosser sa position pendant
neuf ans, au cours desquels elle a reçu 18 millions $ de
la part de l'industrie pour subventionner un programme de recherche
sur le tabac. (50)
- Dans les années 70, la publicité du tabac a
doublé dans les revues Time et Newsweek,
alors que le nombre d'articles sur la santé et le tabac
y a chuté de plus de 60 %. Lorsque des organismes de santé
ont soumis un supplément sur la protection de la santé,
les deux revues ont supprimé toute référence
aux dangers du tabac. (51) Et lorsque, dans les années
80, Newsweek a publié un article sur le mouvement
des droits des non-fumeurs, RJR a retiré
sa publicité- une perte de revenus allant jusqu'à
un million par numéro. (52)
- Un étude portant sur dix importantes revues pour femmes
a démontré que celles qui n'acceptaient pas les
annonces de tabac publiaient de 4 à 21 fois plus souvent
des articles sur la santé et le tabac. (53)
- Afin d'améliorer son image et de minimiser le nombre
de ses opposants, l'industrie fait également des dons aux
organismes qui soignent les victimes du tabac ou qui travaillent
auprès des jeunes. Par exemple, en 1994, Imasco
a contribué : aux fondations d'une vingtaine d'hôpitaux
du Québec, à la Société canadienne
de la Croix-rouge, à la Société de
toxicologie du Canada, à la Fondation nationale
du cancer du sein, à Centraide Montréal,
à Jeunesse Canada Monde, au Refuge pour jeunes
de Montréal, à la Fondation Scoute A.S.C.,
aux YWCA et YMCA de Montréal. (54)
- Un organisme comme le Ralliement pour la liberté
de commandite (voir pt. 2), organisé ou financé
par l'industrie, empêche tout examen objectif des solutions
alternatives à la commandite du tabac : l'objectif
primordial de l'industrie est de maintenir la commandite de tabac,
et non de préserver les événements culturels
ou sportifs.
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Supercherires scientifiques:
Bien que ses propres études reconnaissent la nocivité
de ses produits -- pour les fumeurs comme pour les non-fumeurs
-- l'industrie continue à discréditer les travaux
scientifiques légitimes qui démontrent les dangers
du tabac, (55) tout en finançant et en faisant la promotion
de ceux qui corroborent son propre point de vue.
- À la suite d'une recommandation de ses spécialistes
en relations publiques, l'industrie aux É-U. a créé
le Council for Tobacco Research pour financer des
recherches scientifiques qui appuient « une campagne
de relations publiques (...) pro-cigarette ». (56)
- Lorsque l'industrie du tabac finance des recherches universitaires,
ses avocats et cadres participent à la sélection
des études, ce qui va à l'encontre des procédures
normales (la révision doit être faite par les pairs
des chercheurs). Les professeurs subventionnés par l'industrie
doivent aussi l'informer des résultats avant de chercher
à les publier -- une autre entorse aux procédures
normales. (57)
- Afin de créer l'illusion d'une controverse scientifique
autour de la fumée de tabac dans l'environnement (FTE),
l'industrie du tabac orchestre des campagnes de relations publiques
mondiales (58) en citant des recherches qu'elle finance elle-même.
(59) Un exemple est l'organisation de colloques « scientifiques »,
comme le « symposium international à McGill »
que l'industrie a organisé en 1989 à Montréal
(60) en réservant les salles de l'Université et
en sélectionnant les 82 participants qui se prononceraient
sur la FTE.
- Parmi les études utilisées par l'industrie pour
minimiser les risques encourus par les fumeurs passifs, on retrouve
une récente étude européenne « scientifique »,
financée par Philip Morris Europe, British American
Tobacco et Rothmans. (61) Peu de temps après,
des pages entières de publicité ont été
achetées dans les journaux par Philip Morris Europe
prétendant que l'exposition à la fumée
secondaire est moins nocive que la consommation de deux verres
de lait par jour. (62)
- L'industrie loge constamment des plaintes contre les chercheurs
qui se prononcent contre le tabac et contre les autorités
qui financent leurs études. Présentement, elle finance
une campagne pour faire couper le financement accordé par
le National Cancer Institute au Dr Stanton Glantz qui dirige
les études portant sur les documents Brown&Williamson
(63) (voir section 1).
- Philip Morris a dépensé plus d'un
million de dollars pour financer la revue Healthy Buildings
International, publiée par des gens qui se présentent
comme des consultants impartiaux sur la qualité de l'air
intérieur et qui cherche à prouver, avec des fausses
données scientifiques, l'inutilité de la création
d'espaces intérieurs sans fumée. Elle est la principale
source « scientifique » de l'industrie sur
la question. (64)
- Afin de garder ses études scientifiques confidentielles,
la cie Brown & Williamson a envoyé pendant
des années le fruit de ses recherches à ses avocats,
pour ensuite affirmer que les documents ne pouvaient être
invoqués en cour, étant protégés par
le secret professionnel. (65)
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Recrutement de jeunes:
Aujourd'hui encore, les fabricants de tabac « nient
énergiquement, sans équivoque et unilatéralement
faire le moindre effort de mise en marché auprès
des jeunes ». (66) Mais leurs propres documents démontrent
que ces déclarations sont fausses.
- Les fabricants de tabac canadiens Imperial Tobacco et
RJR ont effectué de vastes recherches portant sur
divers secteurs-cibles de la population, en commençant
par les pré-adolescents de 11 ans, afin de mieux orienter
leurs campagnes. (67)
- L'industrie reconnaît d'ailleurs noir sur blanc que
son sort dépend du recrutement de jeunes fumeurs (« si
les dernières 10 années nous ont appris quelque
chose, c'est que l'industrie est dominée par les compagnies
qui répondent le mieux aux besoins des jeunes fumeurs »)
et que ses campagnes publicitaires sont conçues pour correspondre
au profil psychologique des jeunes susceptibles de commencer à
fumer. (68)
- Pour promouvoir ses produits, l'industrie a conclu plusieurs
ententes avec les vedettes de cinéma qui personnifient
des héros populaires auprès des jeunes. Par exemple,
Brown & Williamson a versé 500 000 $
à Sylvester Stallone pour qu'il fume leurs cigarettes dans
cinq de ses films, dont Rambo. (69) De son côté,
Philip Morris a payé 350 000 $ pour que le
héros James Bond fume dans au moins un de ses films. (70)
Paul Newman et Clint Eastwood ont eux aussi personnellement bénéficié
du placement des produits de tabac dans leurs films. (71)
- Après les automobiles, la cigarette est le produit
de consommation le plus annoncé en Amérique du Nord,
(72) avec un budget annuel de 6 milliards aux É.-U. (73)
et de 80 millions au Canada. (74)
- Cet argent sert à financer des campagnes trompeuses
qui s'accaparent de valeurs sociales positives et attrayantes
pour les jeunes (l'indépendance, le sport, la minceur,
une vie active, la musique, la libération de la femme,
etc.) pour promouvoir un produit mortel qui tue jusqu'à
la moitié de ses consommateurs. (75)
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Notes:
Novembre 1996
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Tobacco Industry Lobbies to Sabotage Synar Law », Tobacco-Free
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